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Les contributions de Bernard LUTUN

27 février 2022 Association
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De nombreuses contributions de Bernard LUTUN sont désormais disponibles.La dernière en date : sa thèse de 2010 -  Une autre Marine (1756-1789). Réforme d'une institution qui a été publiée avec la présentation suivante :

Le curieux qui s’intéresse à ce livre et qui peut-être le lira doit s’attendre à des surprises.

L’auteur a examiné les réformes à caractère administratif tentées et parfois réussies par l’ancien gouvernement français. La transcription en est plus aisée que l’examen car elles se rapportent à un petit nombre de principes que l’autorité a établis ou tenté d’établir, confirmés, remis en vigueur ou modifiés. De ce nombre est l’organisation militaire du service militaire de la Marine. Sait-on que ce service a été, jusqu’à la fin du XIXe siècle, régi comme la flotte d’un armateur, les états-majors et les équipages étant constitués à l’occasion des armements, d’ailleurs très insuffisants en temps de paix, et disparaissant au désarmement ? Colbert devait se douter des conséquences fâcheuses pour un corps militaire, et même calamiteuses dans les faits, d’une subordination épisodique des officiers de marine : il a envisagé de constituer des états-majors et des noyaux d’équipages permanents pour une partie de la flotte. Ce plan, resté sans suite, a été repris au XVIIIe siècle et enfin exécuté au siècle suivant dans toutes les marines militaires, le progrès technique ayant rendu inévitable une réforme nécessaire depuis longtemps.

L’autre partie du service serait mieux connue, si elle n’avait été souvent déformée ou présentée comme le simple reflet d’une querelle de corps de fonctionnaires, l’historien prenant partie pour le corps militaire (l’Épée) contre le corps civil (la Plume) en ignorant les progrès d’un troisième corps, celui des ingénieurs-constructeurs ou ingénieurs du Génie maritime, dont le concours indispensable dans les travaux des ports a fini par lui donner la suprématie dans tout le service sédentaire. L’étude de la régie des arsenaux de la Marine a conduit l’auteur à s’intéresser à deux autres principes dont l’un, dit dualisme administratif, reste actuel, puisqu’il régit les hôpitaux publics, c’est-à-dire un million de fonctionnaires de l’ordre administratif et, pour la plupart, de contractuels de droit public dans l’ordre technique, qui sont les médecins et ceux qui leur sont assimilés.

Colbert a considéré l’arsenal de marine comme un service économique soumis aux impératifs de l’entreprise de son temps, circonstance qui a souvent limité les fournitures au travail à façon. Ce ministre a exigé des officiers de plume chargés spécialement de la gestion des arsenaux, et que les travaux fussent exécutés en régie directe ou par entreprise, des comptes justifiant la régularité de la dépense en deniers et en matières et aussi son opportunité. Pour atteindre ce second but, il a institué une comptabilisation des dépenses directes et cherché à imposer la comptabilité en partie double, dont le perfectionnement devait permettre bien plus tard aux industriels français de calculer de véritables coûts de revient complets. La querelle de corps rappelée ci-dessus a entravé cette marche vers le progrès, elle a entraîné une militarisation contre nature du service sédentaire et empêché, de même que le maintien du dualisme, l’établissement de la responsabilité des directeurs de travaux, et cela pratiquement jusqu’à la transformation des arsenaux de la Marine en société nationale… en 2003.

Une lecture plus politique du livre surprendra moins. La masse des mémoires consultés provient des officiers de marine. Issus pour la plupart de la petite noblesse, ils y professent les idées d’honneur et de vie noble qui ont cours dans leur milieu. Certains pourtant, devant l’infériorité constante de leur corps et ses vices incompatibles avec cet idéal et avec les exigences du service, en sont venus à souhaiter son ouverture aux roturiers des milieux maritimes. La controverse de la Noblesse commerçante de 1756 peut leur avoir ouvert les yeux. La guerre de Sept ans éveille ou réveille aussi l’attention de certains sur le patriotisme et sur la réforme de la constitution de l’État, tandis que l’opinion publique commence à se faire entendre sur la Marine et remplit son devoir de conseil du Roi en empruntant de même la voie permise des mémoires au ministre, puis celle de l’imprimé, qui ne l’est pas. 

 




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